Death tech : quand la technologie s’empare de la mort
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29/10/2026
Pour 3$ la startup Chinoise Super Brain met vos défunts en hologramme dans une boîte.
Chaque année, à la Toussaint, nous prenons le temps de nous souvenir de ceux qui ne sont plus là. Mais à l’heure de l’intelligence artificielle, la mémoire des disparus prend une nouvelle dimension : des entreprises développent des avatars capables d’imiter leur voix, leur apparence et leurs conversations. Bienvenue dans l’univers de la death tech, un marché émergent qui pose autant de questions technologiques qu’humains
De la mémoire à la présence numérique
La Toussaint est traditionnellement un temps de recueillement. On fleurit les tombes, on évoque les souvenirs, on transmet aux plus jeunes les histoires de ceux qu’ils n’ont parfois pas connus.
La technologie vient aujourd’hui ouvrir une autre voie : et si l’on pouvait encore dialoguer avec un proche disparu ?
En Chine, des entreprises comme Super Brain proposent de recréer des avatars numériques à partir de photos, de vidéos, d’enregistrements vocaux et de témoignages de proches. L’objectif : reproduire une apparence, une voix, certaines expressions et une manière de converser.
Ces dispositifs ne ressuscitent évidemment personne. Ils produisent une imitation à partir des traces laissées par une personne. Mais le résultat peut donner l’impression troublante de retrouver, le temps d’un échange, une présence familière.
Cette possibilité n’est plus seulement un scénario de science-fiction. Dès 2024, plusieurs médias internationaux documentaient le développement de ces services en Chine, avec des offres dont le coût pouvait atteindre plusieurs centaines, voire plus d’un millier de dollars.
La death tech, un marché qui interroge notre rapport à la mort
Ces avatars ne sont qu’une facette de la death tech, un ensemble de services numériques liés à la fin de vie, aux obsèques, à la transmission des données et à la mémoire des défunts.
Certains outils permettent d’organiser ses volontés numériques. D’autres aident à conserver des archives familiales ou proposent de créer des agents conversationnels à partir des messages et des contenus laissés par une personne.
Derrière ces innovations, des questions très concrètes se posent. Qui peut décider de recréer numériquement une personne décédée ? Son consentement a-t-il été recueilli de son vivant ? Que deviennent les photos, les voix et les conversations confiées à une entreprise ? Et que se passe-t-il si le service disparaît ?
Ces interrogations dépassent le cadre technologique. Elles touchent à l’intimité, au deuil, au droit à l’image et à la place que nous souhaitons accorder aux traces numériques après la mort.
La CNIL s’est emparée du sujet dans son dossier « Nos données après nous », publié en octobre 2025. Elle y explore notamment le devenir de nos données après notre décès et les enjeux éthiques liés à leur réutilisation.
Jusqu’où voulons-nous prolonger nos souvenirs ?
À la Toussaint, la question n’est peut-être pas de savoir si la technologie peut nous rapprocher des disparus. Elle en a désormais certains moyens.
La question est plutôt de déterminer ce que nous souhaitons en faire : préserver une mémoire, transmettre une histoire familiale ou recréer une interaction qui pourrait brouiller la frontière entre souvenir et présence.
Pour les entreprises qui développent ces solutions, le défi ne sera donc pas seulement technique. Il sera aussi éthique : inventer des usages qui respectent les personnes, vivantes comme disparues, et les proches qui restent.
Parce que nos traces numériques peuvent survivre à notre mort, il devient nécessaire de réfléchir, dès aujourd’hui, à ce que nous voulons leur faire dire demain.
Pour aller plus loin : Nos données après nous, le dossier du Laboratoire d’innovation numérique de la CNIL