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Le dernier bug de l’entrepreneur : croire qu’il doit être disponible tout le temps

Le prochain avantage compétitif ? Savoir ne rien faire.

17/08/2026

Et si, dans un monde où tout peut fonctionner 24 heures sur 24, savoir s’arrêter devenait une compétence entrepreneuriale ? Le smartphone est dans la valise. L’ordinateur aussi, au cas où. Une notification apparaît entre deux baignades. Un mail est consulté « juste pour voir ». Puis un autre. L’été est officiellement une période de ralentissement. Mais pour beaucoup d’entrepreneurs, la déconnexion reste une option.

En 2026, le sujet est loin d’être anecdotique. Une étude relayée cet été par la Fondation MMA indique que 68 % des entrepreneurs prennent des vacances mais peinent à couper. 85 % emportent leur ordinateur avec eux et 80 % ne veulent pas manquer un courriel professionnel.

Le paradoxe est assez savoureux. Nous avons passé vingt ans à inventer des outils pour travailler depuis n’importe où. Le cloud, les messageries instantanées, les smartphones, les outils collaboratifs puis l’intelligence artificielle ont progressivement effacé la frontière entre le bureau et le reste du monde. Aujourd’hui, une entreprise peut être pilotée depuis une plage, une gare ou une chambre d’hôtel.

Mais pouvoir travailler partout ne signifie pas forcément devoir travailler partout.

Une entreprise qui ne peut pas fonctionner sans son dirigeant ?

La question est peut-être moins celle des vacances que celle de l’organisation.

Que se passe-t-il lorsqu'un dirigeant ne consulte plus ses mails pendant quinze jours ? Qui prend les décisions ? Qui répond au client ? Qui sait où se trouve l'information ? Qui peut résoudre le problème qui semblait absolument urgent la veille du départ ?

Si la réponse est systématiquement « le dirigeant », le problème n'est peut-être pas le téléphone.

Il est peut-être dans l'organisation.

Une entreprise capable de fonctionner quelques jours sans son fondateur n'est pas seulement plus confortable à diriger. Elle est aussi plus autonome, plus résiliente et probablement mieux structurée. Process, délégation, documentation, automatisation : derrière la question très simple de la déconnexion se cache finalement une question beaucoup plus stratégique.

Une entreprise est-elle vraiment agile si tout repose encore sur une seule personne ?

Le sujet est d’autant plus intéressant à l’heure de l’IA. Les outils permettent désormais d’automatiser une partie des tâches, de produire du contenu, d’analyser des données ou de traiter certaines demandes clients. France Num recense d’ailleurs déjà de nombreux usages de l’IA dans les TPE et PME pour gagner du temps et automatiser certaines activités.

Mais gagner du temps pour remplir immédiatement ce temps libéré de nouvelles tâches serait un drôle de progrès.

Le droit de ne rien faire

Le droit à la déconnexion existe pourtant bel et bien. Le Code du travail prévoit que les entreprises doivent définir les modalités permettant d'assurer ce droit. Et en mars 2026, la Cour de cassation a encore rappelé qu'un salarié qui choisit spontanément de se connecter en dehors de son temps de travail ne caractérise pas, à lui seul, une violation du droit à la déconnexion par l'employeur.

L'INRS rappelle de son côté que l'hyperconnexion peut brouiller les frontières entre temps de travail et temps de repos, augmenter la charge de travail et nuire à la récupération.

Mais pour un entrepreneur, le sujet dépasse largement le droit du travail.

Il touche à une idée peut-être devenue presque subversive dans l'économie de l'urgence : ne pas être disponible.

Ne pas répondre immédiatement. Ne pas surveiller. Ne pas optimiser chaque minute. Ne pas transformer chaque moment vide en occasion de produire.

Parce qu'il existe peut-être une autre forme de productivité, beaucoup moins spectaculaire : celle qui consiste à laisser son cerveau tranquille suffisamment longtemps pour qu'une nouvelle idée puisse apparaître.

À l'heure où les machines peuvent continuer à travailler pendant que nous dormons, la prochaine compétence stratégique sera peut-être précisément de savoir quand, nous, nous devons arrêter.

Le vrai progrès ne serait alors pas de pouvoir travailler partout. Mais de ne plus être obligé de le faire.